Entretien avec Henri Proglio, Président-Directeur Général de Veolia Environnement
« Dans un monde incertain, notre entreprise crée, davantage que d'autres, une valeur réelle et durable.»
Vous dites souvent que votre modèle d'entreprise est solide. Sur quoi repose cette confiance ?
Une très large part de nos activités s'inscrit dans des contrats de longue durée avec des clients publics et concerne la délivrance aux populations de services essentiels dont la demande ne fait que croître.
Les marchés de l'environnement sont, d'ailleurs, dans de nombreux pays au centre des plans de relance qui sont présentés ou élaborés par les gouvernements.
L'économie qui va se reconstruire sera plus verte que celle d'avant la crise.
Sur ces marchés nous avons une position très forte. Nous sommes la première entreprise mondiale dans nos secteurs d'activité. Nous sommes la seule dont le périmètre permet de répondre à l'ensemble des besoins environnementaux de nos clients municipaux, industriels et tertiaires. Le travail d'adaptation que nous conduisons dans nos activités plus exposées à la conjoncture nous permettra d'être encore plus performants lorsque la reprise s'annoncera. Je n'ai aucun motif de pessimisme.
Nous sommes la seule entreprise dont le périmètre permet de répondre à l'ensemble des besoins environnementaux de nos clients municipaux, industriels et tertiaires.
Les enjeux du développement durable restent-ils une priorité dans un contexte de crise ?
Que montre cette crise sinon la faillite de l'éphémère et de l'artificiel ?
Le développement durable n'est pas une discipline facultative et il n'est pas non plus un concept sympathique à opposer à l'économique.
Nous mesurons tous les jours dans nos métiers combien la convergence entre l'efficacité économique et la performance environnementale est plus évidente qu'on ne l'imagine.
Les ressources gaspillées, les impacts mal maîtrisés ont un coût.
La sobriété énergétique n'est pas un acte de foi environnemental ; c'est d'abord une réduction des coûts de production des entreprises, des dépenses publiques et de celles des ménages. La promotion des transports collectifs a une valeur sociale autant qu'économique ou écologique.
Cette année, nous avons choisi de fusionner le rapport d'activité et le rapport développement durable que nous présentions séparément. Pourquoi ? Parce que nous nous sommes rendu compte que lorsque nous avions présenté notre stratégie et notre politique de développement durable nous avions dit l'essentiel de ce que nous avions à dire à nos parties prenantes.
Nous mesurons tous les jours combien la convergence entre l'efficacité économique et la performance environnementale est plus évidente qu'on ne l'imagine.
Veolia Environnement est un employeur de tout premier plan.
Sa politique de recrutement, et plus largement de ressources humaines, va-t-elle être impactée par la conjoncture économique ?
Dans les secteurs les plus affectés par la conjoncture, nous adaptons nos effectifs en jouant d'abord sur la rotation du personnel et sur l'emploi intérimaire. Par ailleurs, la crise nous invite à accélérer la mise en oeuvre de nos actions de rationalisation et celle des synergies entre nos branches. Mais nous resterons une entreprise créatrice d'emplois, parce que nous nous développons et parce que la demande de nos services ne faiblit pas. Le modèle qui est le nôtre et qui nous conduit à prendre la responsabilité de structures publiques et à les faire évoluer vers la gestion privée, nous rend particulièrement aptes à concilier la recherche de la productivité et une gestion sociale responsable.
Nous avons une politique très engagée de formation et de développement des compétences en nous appuyant partout sur la promotion de la main-d'oeuvre locale. Par ailleurs, le Groupe joue son rôle d'ascenseur social permettant de s'élever depuis des tâches d'exécution jusqu'à la maîtrise voire l'encadrement. Enfin, nous avons une action spécifique d'enrichissement de la qualité de nos emplois, par exemple dans le recyclage, grâce à une automatisation accrue ainsi qu'une priorité à la sécurité qui nous a permis de diminuer de plus de 11 % en deux ans la fréquence des accidents du travail.
Plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain. Quelles solutions le Groupe peut-il « inventer » pour l'environnement ?
Des solutions durables, c'est-à-dire des solutions qui intègrent sans contradiction les exigences environnementales, les équilibres sociaux et l'efficacité économique. L'aménagement durable des villes - et plus généralement des territoires, car dans certains cas c'est au niveau d'une région, d'une province que les problèmes doivent être gérés - constitue un enjeu majeur auquel nous apportons notre expérience. L'idée essentielle est de s'adapter au terrain : les besoins, les ressources, les aspirations, les contraintes, les moyens financiers ne sont pas les mêmes partout. L'accès de tous aux services essentiels, les nécessités de la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique engendrent un besoin immense d'investissement dans l'environnement.
L'efficacité de l'investissement et de la gestion environnementaux est un facteur essentiel qui exige une expertise croissante. Il faut prendre les bonnes décisions, agir sur les bons leviers ; il faut aussi inventer des solutions nouvelles pour répondre aux besoins des grandes métropoles du monde émergent et en développement dans lesquelles une bonne part de la croissance urbaine future va se concentrer. Là, l'expertise doit se doubler de modestie : ne pas vouloir dupliquer nos expériences occidentales, être capable de voir que les bonnes pratiques viennent aussi du Sud, respecter les spécificités sociales et économiques.
Quels sont vos perspectives et vos engagements pour le Groupe en 2009 ?
Nous allons poursuivre avec davantage d'allant les orientations qui étaient les nôtres. D'abord adapter le périmètre de nos activités aux évolutions de nos métiers en nous positionnant sans cesse davantage sur les segments de marché à haute valeur ajoutée et à haute technicité. Nous allons aussi accélérer nos programmes de réduction de coûts en jouant sur les synergies entre nos branches opérationnelles.
Bien entendu, compte tenu des incertitudes économiques, 2009 sera une année de vigilance et de rigueur.
Nous stabiliserons ou réduirons notre dette en privilégiant les opportunités de développement peu capitalistiques.
Notre engagement est clair : dégager un cash-flow positif d'au moins 2 Mds€ après investissements et cessions.
En fonction des circonstances du marché, nous jouerons sur les différents leviers pour atteindre cet objectif.
Mais la vigilance doit également s'exercer sur la compréhension de ce qui va changer dans le monde d'après crise en termes de priorités et d'équilibres. Il ne faut céder ni à la tentation du repli sur soi, ni à la tyrannie du court terme.
S'il y a une chose que l'actualité nous démontre c'est que le monde a besoin de développement durable.
