Expression
Rajendra K. Pachauri s'exprime sur le changement climatique.
Rajendra K. Pachauri, président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), s'exprimer sur le réchauffement climatique et la contribution de Veolia Environnement pour relever ce défi majeur.
- Un enjeu planétaire qui appelle un véritable changement.
- Réduire les émissions de gaz à effet de serre.
- Le Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (GIEC)
- Il faut adapter la gestion de l'eau à un nouvel ordre climatique.
- Les pays développés doivent montrer l'exemple.
- Il faut nouer un dialogue de part et d'autre de l'atlantique.
- Le rôle prépondérant des industriels.
Rajendra K. Pachauri
Un enjeu planétaire qui appelle un véritable changement.
Le changement climatique est en cours, cela ressort clairement du rapport publié par notre groupe de travail. Si nous ne changeons rien, les émissions de gaz à effet de serre (GES) augmenteront et, avec elles, la fréquence des événements extrêmes.
La consommation d'énergie va continuer de croître. Pour relever ce défi mondial, nous devons adopter des technologies à faibles émissions de CO2, faisant appel aux énergies renouvelables ou au nucléaire.
Il nous reste moins d'une décennie pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (ODM) fixés pour 2015. Les pays en développement peuvent et doivent opter pour des formes de consommation d'énergie différentes de celles des pays développés, faute de quoi, il sera impossible de satisfaire les ODM. Pour cela, il faut élaborer une stratégie de transition qui conduira au changement nécessaire.
Réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Nous devons d'abord améliorer l'efficacité énergétique dans tous les secteurs. Le potentiel est énorme aussi bien dans le bâtiment et l'industrie que dans les transports.
Mais cela ne suffira pas. Il faudra aussi adopter des systèmes énergétiques à faibles émissions de CO2. Les gouvernements devront déployer des politiques adaptées dans les prochaines années : taxer les émissions de CO2, instaurer des réglementations et des systèmes de sanction, développer les transports publics, encourager les voitures consommant moins d'énergie.
Le Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (GIEC)
L'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) ont créé, en 1988, le Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), afin d'analyser les problèmes que pourrait poser le changement climatique à l'échelle du globe.
Ce groupe a pour mission d'évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, les informations d'ordres scientifique, technique et socio-économique qui sont nécessaires pour mieux comprendre les fondements des risques liés au changement climatique d'origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d'éventuelles stratégies d'adaptation et d'atténuation.
Depuis avril 2002, Rajendra Pachauri, Directeur général de TERI, un institut de recherche basé à Delhi en Inde et spécialisé dans le secteur de l'énergie, de l'environnement et de la préservation des ressources naturelles, a été élu à la tête du GIEC. Ses connaissances des grandes problématiques environnementales lui ont valu de conseiller de nombreux instituts et organisations internationales dont le PNUE, pour l'énergie et la gestion durable des ressources naturelles.
L'Institut Veolia Environnement, qui entretient un partenariat de long terme avec TERI, a organisé en avril 2006, au siège de Veolia, un atelier sur le changement climatique présidé par le Dr Rajendra K. Pachauri.
Les énergies renouvelables doivent se développer de manière rationnelle, selon les opportunités qui se présentent dans les différentes régions du monde.
Avant d'investir, il faut analyser et évaluer les divers potentiels pour optimiser l'exploitation de ces énergies de manière à produire « utile ». C'est le cas, bien sûr, pour l'éolien. Ça l'est aussi pour la biomasse, qui, de plus, ne doit pas entrer en concurrence avec les cultures agricoles vivrières. L'énergie solaire présente un potentiel énorme dans des pays comme l'Inde, pour la production de chaleur et d'électricité à petite échelle, même dans les foyers ruraux. Il faut donc évaluer les ressources locales et la viabilité des solutions. Il faut aussi développer la Recherche et Développement pour augmenter le taux de conversion des énergies disponibles en énergie utile. Dans bon nombre de pays en développement, la biomasse est très utilisée, mais trop souvent de manière peu efficace.
La réglementation devrait également imposer aux centres de stockage des déchets des zones urbaines de convertir le méthane en énergie utile.
Il faut adapter la gestion de l'eau à un nouvel ordre climatique.
Nos prévisions montrent que les précipitations augmenteront dans certaines parties du monde, mais diminueront dans les régions tropicales et subtropicales. Apparaîtront aussi des événements extrêmes accompagnés de violentes précipitations. Les ressources aquatiques en Europe en seront lourdement affectées. Une nouvelle gestion de ces ressources doit donc être mise en oeuvre, notamment pour le stockage, avec la création de barrages, la recharge des ressources d'eau souterraine, le recyclage de l'eau.
Le partage des ressources en eau y compris entre pays devient un enjeu crucial. Pour relever ce défi, l'Europe doit être plus active et développer des outils de prévision et de planification. Elle doit aussi montrer l'exemple en participant à l'élaboration d'un accord pour régler la tension entre pays sur les ressources aquatiques.
Dans le secteur de l'eau, anticiper la croissance économique est essentiel. L'analyse des besoins en eau doit s'effectuer au niveau régional et infrarégional. En fonction des différences régionales qui apparaîtront, il faudra adopter de nouveaux systèmes de gestion. Dans les pays en développement, il faudra multiplier les partenariats public-privé (PPP), perfectionner les compétences en gestion et améliorer l'allocation des ressources, en faisant jouer la concurrence dans une certaine mesure.
Un groupe comme Veolia Environnement devrait réfléchir là où il est présent à l'évolution de la réglementation dans le domaine de l'eau et à mieux appréhender l'évolution des ressources (via les modélisations portant sur l'évolution des glaciers, des températures, des précipitations) pour comprendre ce qui peut être fait et éclairer sa stratégie.
La pénétration d'eau de mer et d'eau saline va poser un vrai problème. La Recherche et Développement devrait aider la technologie du dessalement à devenir plus économe en énergie et plus performante. Veolia Environnement devrait pouvoir proposer plusieurs solutions.
Les pays développés doivent montrer l'exemple.
Fervent partisan des mécanismes de développement propre (MDP), je pense qu'ils auront un impact significatif au-delà de 2012. Mais cela ne suffira pas.
Le protocole de Kyoto a constitué une étape importante, mais limitée géographiquement et inadaptée pour la prise de décisions fermes. Ses objectifs ne sont pas assez mobilisateurs pour les pays développés. Ceux-ci doivent prendre des mesures plus énergiques et montrer l'exemple aux pays en développement (PED), engager l'effort initial. Il est de plus en plus admis que les PED ne peuvent suivre la voie qu'ont empruntée les pays industrialisés. Et c'est à ces derniers de marquer le changement, ne serait-ce que pour regagner la confiance qu'ils ont perdue auprès des PED.
Et c'est l'intérêt même des pays en développement, que les zones rurales soient alimentées en électricité, que soient déployées des solutions utilisant des énergies renouvelables moins chères et que les investissements soient stimulés là où le besoin s'en fait sentir.
Restaurer cette crédibilité implique un véritable engagement pour réduire les gaz à effet de serre à grande échelle. L'Europe peut le faire : elle en a les moyens politiques et technologiques. Elle joue un rôle très actif et peut, en prenant des mesures urgentes et ambitieuses, faire la différence, modifier les points de vue et les politiques à travers le monde.
Seul le changement de comportement des pays riches peut redonner du poids aux politiques de limitation des GES et encourager les pays en développement à trouver des solutions pour réduire leurs propres émissions. Il est donc nécessaire d'étudier comment encourager les pays en développement à adopter une démarche plus proactive.
Il faut nouer un dialogue de part et d'autre de l'atlantique.
L'approche européenne et la démarche américaine face au changement climatique révèlent des divergences philosophiques. Mais elles peuvent et doivent être combinées : évolutions technologiques et réglementations sont complémentaires. Par exemple, une taxe sur les émissions de CO2 adresserait un message fort à l'industrie automobile, qui y répondrait par des carburants et des modèles innovants.
Rappelons-nous que le système de marché déployé en Europe pour diminuer les émissions de CO2 avait été inauguré aux États-Unis pour réduire les émissions de dioxyde de soufre. Nouer un vrai dialogue sur ces sujets de part et d'autre de l'Atlantique paraît possible et nécessaire.
Le rôle prépondérant des industriels.
Le secteur industriel joue un rôle prépondérant pour deux raisons. D'abord, il crée et gère une très grande part de l'activité économique. Les gouvernements se doivent donc de traiter les industries comme des partenaires. Ensuite, les ressources d'énergie actuelles s'épuiseront et les marchés liés aux technologies à faible émission de dioxyde de carbone vont se développer. Les leaders de l'industrie ont donc tout intérêt à s'y intéresser en élaborant de nouvelles solutions qui préserveront les ressources naturelles et réduiront les émissions de dioxyde de carbone.
Source : Rapport annuel 2006