Enjeux / Changement climatique

Michel Dutang, Directeur de la recherche de Veolia Environnement

"Plus de 70 % des programmes de recherche de Veolia s'inscrivent dans la lutte contre le changement climatique."

Michel Dutang, directeur de la recherche de Veolia Environnement

Michel Dutang, directeur de la recherche de Veolia Environnement

Que fait le groupe Veolia Environnement pour remplir les objectifs européens de lutte contre le changement climatique ?

« Prestataire de services à l'environnement, Veolia Environnement est particulièrement engagé dans la lutte contre le changement climatique. Par nos activités mêmes, nous contribuons à limiter les émissions de gaz à effet de serre : le transport collectif de voyageurs évite les rejets des voitures individuelles, la gestion écologique des décharges réduit la dispersion du méthane, le bon entretien des chaudières diminue les consommations d'énergie et les émissions qui leur sont liées...

Toutefois, les quelques 100 000 sites que le Groupe exploite dans le monde entier pour le compte de ses clients, installations de combustion et installations de stockage de déchets en particulier, génèrent des rejets de gaz à effet de serre importants : 1/1000 des émissions mondiales au total.

Par ailleurs, dans les régions où le Groupe se développe - l'Asie, le continent américain, l'Europe centrale et orientale - la problématique CO2, déjà importante, prend de plus en plus d'acuité. Tout ceci explique que le Groupe se mobilise fortement pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. »

Comment l'engagement de Veolia Environnement se traduit-il au niveau de la recherche ?

« Plus de 70 % de nos programmes de recherche s'inscrivent dans la lutte contre le changement climatique. Nos travaux suivent trois grands axes : amélioration de l'efficacité énergétique et maîtrise des besoins, développement de l'utilisation des énergies renouvelables, captage et valorisation ou stockage des gaz à effet de serre (méthane, CO2).»

Qu'en est-il de l'optimisation énergétique des process ?

« Depuis longtemps nous travaillons à améliorer le rendement des installations énergétiques que gère le Groupe.
Nos travaux consistent par exemple à remédier aux phénomènes d'encrassement des chaudières et à optimiser la combustion. Nous avons notamment mis au point un capteur qui permet d'identifier de façon peu coûteuse et en continu les caractéristiques qualitatives du gaz naturel et de régler en conséquence la combustion des chaudières exploitées par Dalkia. Ce procédé est aujourd'hui commercialisé par l'un de nos partenaires.

Nous développons aussi des outils avancés de modélisation de la combustion et travaillons à améliorer la valorisation énergétique des déchets.

Nous cherchons également à réduire les consommations lors de l'utilisation. Nous étudions par exemple des systèmes de récupération d'énergie dans le cas de la gestion de l'eau. Pour les bus électriques et les tramways, nous évaluons des systèmes pour récupérer l'énergie lors de la phase de décélération. Nous avons par ailleurs développé un outil de modélisation qui permet de quantifier le taux de renouvellement d'air dans un entrepôt frigorifique en fonction de ses conditions d'utilisation, en vue d'ajuster au mieux la production de froid aux besoins. Quant aux travaux de recherche que nous menons pour optimiser la maintenance des réseaux de distribution d'eau, ils ont notamment pour effet de prévenir les fuites d'eau et donc d'éviter la consommation d'énergie liée à un surplus inutile de production d'eau potable. »

Quelles sont vos avancées dans le domaine des bioénergies ?

« Nos travaux qui visent à exploiter le potentiel énergétique de la biomasse(1) sont multiples et s'appliquent aussi bien aux secteurs industriel et résidentiel qu'aux transports. Ils portent en particulier sur la valorisation des déchets, qui constituent un important gisement de biomasse. Nous cherchons par exemple à améliorer les performances énergétiques de chaudières fonctionnant avec des déchets de bois non traités. Nous avons mis en service en 2006 une chaudière biomasse pilote en vue notamment de caractériser la combustion de déchets comme les chutes de scieries et de l'industrie papetière ou celles liées à la coupe des arbres.
Nous examinons les mélanges qui peuvent dégager le meilleur rendement. Nous explorons également les différentes filières de production de biocarburants. Nous expérimentons le diester (30 % d'ester d'huile de colza et 70 % de diesel) sur des flottes d'autobus et d'autocars. Nous travaillons à la fabrication de biocarburants à partir d'huiles alimentaires usagées. Nous nous intéressons à la production de biométhane, ou bioGNV, à partir du biogaz émis par la fermentation des déchets biodégradables. C'est l'une des voies de valorisation du méthane capté sur les installations de stockage de déchets. La problématique est de parvenir à un produit qui présente des caractéristiques similaires à celles du gaz naturel afin de pouvoir l'utiliser dans des chaudières d'habitation ou dans des véhicules. Nous devons aussi en examiner les conditions de transport. Il faut enfin s'assurer que le coût de cette filière est raisonnable et son bilan environnemental intéressant. »

Quel est l'enjeu du captage et de la valorisation du méthane ?

« Il est double du point de vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Principal composant du biogaz dégagé par la décomposition des déchets biodégradables, le méthane a un coefficient d'effet de serre une vingtaine de fois supérieur à celui du CO2. Il est donc crucial d'en supprimer les émissions. Il constitue par ailleurs une source d'énergie verte : il peut être utilisé à la place d'une ressource fossile pour produire de l'électricité, de la chaleur (ces filières sont d'ores et déjà maîtrisées) ou un biocarburant.
Actuellement Veolia capte et valorise le méthane sur plus de 80 % de ses installations de stockage de déchets.
Nos travaux de recherche visent à optimiser nos procédés de captage, à intensifier et augmenter la production de méthane et à améliorer sa qualité pour maximiser les possibilités de valorisation. »

Comment évaluez-vous l'éco-intérêt de ces innovations ?

« Nous recourons de façon quasi-systématique à la méthode d'analyse du cycle de vie (ACV) pour dresser les bilans environnementaux de nouveaux procédés. Nous l'utilisons notamment pour analyser les différentes filières de valorisation énergétique des boues d'épuration, de production de biocarburants, de valorisation du biogaz ou encore pour évaluer les systèmes de captage et de stockage de CO2.
Nous intégrons l'ensemble des impacts sur l'environnement, à un instant « t », sur la totalité de la chaîne : nous établissons le bilan gaz à effet de serre et les autres impacts sur l'environnement. Par exemple, si cultiver des plantes pour produire des biocarburants nécessite beaucoup d'eau, on peut s'interroger sur le bilan environnemental global de cette solution. »

(1) Par biomasse, on entend la matière organique hors hydrocarbures et leurs dérivés.